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L’Opinion – La production mondiale d’énergie nucléaire a battu un record l’an dernier, mais l’atome n’est pas au top de sa forme
https://www.lopinion.fr/economie/nucleaire-mondial-une-renaissance-toute-relative
Muriel Motte • 26 septembre 2025
Côté pile, le nucléaire va bien. L’an dernier, la production mondiale d’électricité d’origine atomique a atteint un sommet inédit, à 2 677 térawatts-heure (TWh), un chiffre en hausse de pratiquement 3 % sur un an. Le record de 2006 est battu de peu (2 669 TWh), mais il l’est. C’est très symbolique à l’heure où l’on parle d’une renaissance de cette source d’énergie bas carbone. Mais gare aux conclusions faciles, c’est le côté face. Une fois de plus, la détermination chinoise est pour beaucoup dans cette performance. C’est ce qu’indique le dernier World Nuclear Industry Report. Pékin est aujourd’hui solidement installé sur la deuxième marche du podium des producteurs mondiaux (derrière les Etats-Unis), une place ravie à la France il y a cinq ans. Or sans le mastodonte chinois la production mondiale serait 14 % plus basse que son niveau de 2006 ! Et si en 2024, 408 réacteurs étaient actifs à travers la planète, ce chiffre est identique à celui de l’année précédente, mais il est inférieur de 30 unités au record de 2002. Le nucléaire est une industrie du temps long. En Europe, la guerre en Ukraine a relancé les débats sur la nécessaire autonomie stratégique dans le domaine de l’énergie. Cette nouvelle urgence a parfois supplanté l’impératif de décarbonation, mais l’essentiel aux yeux de la filière est que l’atome est aujourd’hui doublement indispensable. Les investissements dans le secteur repartent enfin à la hausse. Ils ont globalement grimpé de 50 % au cours des cinq dernières années, a précisé l’Agence internationale de l’énergie le mois dernier. Pour la première fois, les dépenses mondiales consacrées à la construction de nouveaux réacteurs et aux rénovations devraient dépasser 70 milliards de dollars en 2025. Le club des acteurs du nucléaire civil s’apprête à accueillir des membres supplémentaires. En Europe, c’est le cas de la Pologne et de l’Estonie, après une série de défections il est vrai (Lituanie, Allemagne...). Mais des années s’écouleront avant que leurs réacteurs ne soient branchés au réseau. De même que la mise en service du premier des EPR2 annoncés par le président Macron en 2022 n’est pas espérée avant 2038 ! Pendant ce temps là, d’autres sources d’énergie fleurissent sur la planète. La Chine, toujours elle, a fait exploser ses investissements dans les renouvelables. Ses capacités de production solaire viennent de bondir de 44 % en un an, contre une hausse de 3,7 % pour le nucléaire. Ce décalage dure depuis des années, pas seulement dans l’Empire du Milieu. C’est pourquoi l’atome ne représentait plus que 9 % de la production mondiale d’électricité en 2024, contre 17,5 % à son sommet en 1996, poursuit le rapport. Cela ne freine pas les ambitions. L’électrification des économies, le développement des centres de données sont synonymes de besoins accrus d’énergie décarbonée à l’avenir. Lors de la COP 28 de Dubaï, une vingtaine de pays avaient appelé à tripler les capacités de l’énergie nucléaire mondiales d’ici à 2050 par rapport à 2020. Quant à l’Agence internationale de l’Energie atomique (AIEA), elle prévoyait dans un rapport de l’automne 2023 – et dans une hypothèse haute – plus qu’un doublement de la puissance nucléaire installée d’ici à 2050, à 890 gigawatts électriques (GWe), contre 369 GWe actuellement. Entre records symboliques et défis structurels, le nucléaire reste un pari sur l’avenir, et son rôle dans la transition énergétique dépendra autant des technologies que des choix politiques et des moyens qui lui seront alloués.
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