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Challenges – Nucléaire : domination chinoise, réacteurs vieillissants… ce que veulent vraiment dire les chiffres de la bonne santé de l’atome
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par Nicolas Stiel • 27 janvier 2026
En octobre dernier, Washington a débloqué 80 milliards de dollars pour le nucléaire. Une initiative qui vise à répondre aux besoins croissants en électricité venant des centres de données et de l’intelligence artificielle. Fin 2023, à la COP 28 de Dubai, 25 nations avaient pris l’engagement de tripler la capacité nucléaire mondiale d’ici à 2050. Quelques mois plus tôt, la France avait créé une Alliance du nucléaire autour de quinze pays européens. L’atome a décidément le vent en poupe.
En 2024, d’après les chiffres du World Nuclear Industry Status Report (WNISR) qui viennent d’être publiés, le monde n’a jamais produit autant d’électricité nucléaire : 2 677 térawattheures contre 2 663 Twh en 2006, l’année du précédent record. « 2025 devrait être plus élevé encore », a dit lundi le coordinateur du WNISR Mycle Schneider à l’occasion d’une conférence de presse. Mais ces chiffres élevés sont en vérité un trompe-l’œil.
La part du nucléaire dans le mix électrique ne cesse de régresser, contrairement à celle des renouvelables qui explose. En 2024, l’atome a atteint un point bas : seulement 9 % du mix électrique mondial. En 2006, il représentait 14,6 % du mix. En 1996, 17,5 % (un record). L’électrification des usages et la nécessité de décarboner ont conduit une dizaine de pays à investir ou réinvestir dans le nucléaire. Au dernier salon World Nuclear Exhibition à Paris, on recensait des pavillons à l’effigie des Pays-Bas, de l’Italie, de l’Espagne, de la République tchèque, de la Slovaquie, de la Hongrie, de la Slovénie… Beaucoup d’effets d’annonce, mais rien de concret pour le moment.
Ces dernières années, plusieurs pays – Italie, Kazakhstan, Lituanie, Allemagne, Taïwan – ont en revanche bel et bien arrêté le nucléaire. En 2025, seulement quatre réacteurs ont démarré dans le monde (2 en Chine, un en Russie, un en Inde) quand sept ont mis la clé sous la porte (trois en Russie, trois en Belgique, un à Taïwan).
La Russie domine de très loin le marché international. Son champion Rosatom construit des réacteurs pour son marché intérieur. Mais aussi pour l’Inde, la Chine, l’Iran, la Slovaquie. Ainsi que pour trois nouveaux pays nucléaires : le Bangladesh, l’Egypte, la Turquie. Mais c’est la Chine qui fait vivre l’industrie nucléaire. Trente-six des 66 réacteurs en construction sont sur son sol.
« Au cours des vingt dernières années, il y a eu 104 démarrages de réacteurs dont plus de la moitié (53) en Chine, note Mycle Schneider. Dans le même temps, il y a eu 106 fermetures dont aucune en Chine. Sans ce pays, le bilan net entre les arrêts et les démarrages serait de 55 unités. »
Le nucléaire peut-il repartir ? Réponse dans une dizaine d’années. La France a relancé son programme avec six EPR 2. Et mise aussi sur les petits réacteurs SMR. Destinées à remplacer les centrales fossiles, ces unités qui fourniront de l’électricité et de la chaleur décarbonées aux industries et aux collectivités constituent un marché prometteur. Mais pour le moment, ils n’existent pas.
Aujourd’hui, le nucléaire est un marché de niche et un marché qui vieillit. « Le parc existant mondial de 404 réacteurs a une moyenne d’âge de 32,4 ans, indique Mycle Schneider. Un tiers des unités a plus de 41 ans. » De quoi faire craindre aux acteurs le besoin d’investissements colossaux à l’avenir.
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