20 December 2025

Les Echos (France)

Nucléaire : ces pays à la pointe sur les constructions de nouveaux réacteurs

La Russie et la Chine ont supervisé 44 des 45 chantiers lancés entre janvier 2020 et juillet 2025. Sur le continent américain, en revanche, les constructions sont au point mort.
Source : Les Echos : Nucléaire : ces pays à la pointe sur les constructions de nouveaux réacteurs https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/nucleaire-ces-pays-a-la-pointe-des-constructions-de-nouveaux-reacteurs-2205791

Par Charles Plantade • 18 décembre 2025

Le 2 décembre 2023, à la COP 28 à Dubaï, une vingtaine de pays s’engageaient à « tripler » les capacités nucléaires mondiales d’ici à 2050, donnant alors le top départ de la nouvelle course à l’atome, après deux décennies de désengagement progressif. Aux avant-postes de ce retour en force du nucléaire civil - qui représente pour l’heure 9 % de l’électricité mondiale -, la France et son projet de six nouveaux EPR2, dont la facture se serait, selon nos informations, alourdie de près de 5 milliards d’euros.

Au 1er juillet 2025, seuls 31 pays exploitent quelque 408 réacteurs actifs, soit 30 de moins qu’au pic en 2002, d’après la dernière édition du World Nuclear Industry Status Report. Troisième producteur d’électricité nucléaire derrière la Chine et les Etats-Unis, l’Hexagone se classe premier pays au monde en nombre de réacteurs en exploitation par habitant (57 réacteurs, soit 61,4 GW de puissance installée, pour 68 millions d’habitants).

Au total, la production mondiale d’énergie nucléaire a atteint 2.677 TWh l’année dernière, un record absolu - dépassant de 14 TWh le précédent record de 2006. Mais sans compter Pékin, la production nucléaire en 2024 serait inférieure de 363 TWh au niveau de 2006, soit « une chute vertigineuse de 13,6 % », pointe le WNISR.

Chine et Russie mènent la danse

Mi-2025, 63 réacteurs étaient en cours de construction : 32 en Chine, 7 en Russie, 6 en Inde, 4 en Turquie et en Egypte, 3 en Corée du Sud, 2 au Bangladesh et au Royaume-Uni, et 1 en Slovaquie, en Iran et au Pakistan. Fait remarquable, à la même date, il n’y avait aucun chantier sur le feu sur l’ensemble du continent américain, de l’Alaska au cap Horn, y compris aux Etats-Unis, qui abrite pourtant le plus grand parc de centrales nucléaires du monde (94 opérationnelles).

La Russie et son entreprise publique Rosatom dominent largement le marché international des chantiers nucléaires, avec 27 unités en construction dans le monde (chiffres de mi-2025), dont 7 sur son territoire et 20 dans 7 pays différents : 4 en Chine, Inde, Turquie et Egypte ; 2 au Bangladesh ; et 1 en Slovaquie et en Iran. Au total, Moscou et Pékin ont supervisé 44 des 45 chantiers lancés entre janvier 2020 et juillet 2025.

Les Etats-Unis en mode pause

Aux Etats-Unis, l’âge moyen du parc de réacteurs continue de progresser - atteignant 43,7 ans à la mi-2025 - et aucun nouveau réacteur commercial n’est en construction, « une première depuis la reprise de la construction de Watts Bar-2 en 2007 », précise le WNISR. Aucune compagnie d’électricité n’a pris de décision d’investissement définitive pour le lancement de nouveaux chantiers. Pour autant, Donald Trump entend quadrupler la production d’électricité nucléaire d’ici à 2050.

Un engagement qui demande encore à être concrétisé. De même, en Europe, la relance du nucléaire est à ce stade « encore une promesse », reconnaît la Société française d’énergie nucléaire, dans son troisième rapport de veille sur le sujet, publié fin octobre.

Dans son scénario le plus optimiste, l’Agence internationale de l’énergie atomique table maintenant sur un peu plus de 990 gigawatts à l’horizon 2050, soit 2,6 fois les capacités de 2024. Révisé à la hausse en septembre dernier pour la cinquième année de suite, ce scénario se veut « plausible et techniquement faisable », mais reste toujours en deçà du triplement promis lors de la COP28.

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