Source :
Ouest-France : Les batteries bousculent le match renouvelable contre nucléaire
https://www.ouest-france.fr/environnement/nucleaire/les-batteries-bousculent-le-match-renouvelable-contre-nucleaire-4e7fa1d8-fac5-11f0-bcbd-01f0839eab22
par Patrice Moyon • le 28 janvier 2026
Il y a quelques jours, le chancelier allemand Friedrich Merz livrait son diagnostic lors d’une conférence économique : à ses yeux, la politique de sortie du nucléaire en Allemagne - accélérée à partir de 2011 après l’accident de Fukushima - constitue une « grave erreur stratégique ». Le pays s’apprête à construire de nouvelles centrales à gaz, afin de pallier l’absence de vent ou de soleil et assurer sa sécurité d’approvisionnement énergétique.
Alors qu’EDF multiplie les contrats pour la construction en France des six futurs nouveaux réacteurs nucléaires EPR 2 (dont la facture s’envole), assiste-t-on à un réveil du nucléaire dans le monde ? « C’est ce qu’on peut croire en lisant les journaux. La réalité n’a rien à voir », affirme Mycle Schneider. Cet expert participait lundi 26 janvier à la présentation du rapport annuel consacré à l’industrie nucléaire (Wolrd [World] Nuclear Industry [Status Report]). Une étude réalisée avec le soutien des Verts au Parlement européen et de la fondation Heinrich Böll.
Les chiffres tout d’abord. Au 1er janvier 2026, il y avait 404 réacteurs nucléaires en service dans le monde, soit cinq de moins qu’un an auparavant, pour une capacité stable de 369 GW. Onze pays, soit cinq de moins qu’il y a seulement deux ans, ont des réacteurs en construction, observe le rapport.
L’an dernier, quatre nouveaux réacteurs, pour une capacité totale de 4,4 GW, ont été couplés au réseau : deux en Chine, un en Inde et un en Russie. Parallèlement, sept ont été arrêtés : trois en Belgique, trois en Russie et un à Taïwan signant ainsi la sortie du nucléaire de ce pays.
Au final, le solde est positif, compte tenu de la puissance des nouvelles tranches installées : soit 1,5 GW. Dans le même temps, la Chine a installé 275 GW de capacité solaire au cours des onze premiers mois de 2025. « C’est plus de cent fois les 2,5 GW de la capacité cumulée des deux nouveaux réacteurs nucléaires couplés au réseau chinois sur la même période », précise également Mycle Schneider.
Pour les projets nucléaires, la Chine domine de la tête et des épaules avec « trente-six projets actifs sur son territoire. » Actuellement, il y a soixante-six réacteurs en construction dans onze pays. À l’export, la Russie très offensive est devenue « le premier fournisseur au niveau international avec vingt tranches en construction hors de ses frontières ».
Au final, la part de la production brute d’électricité commerciale dans le monde apparaît relativement stable : 9 % en 2024. Le maximum ayant été atteint en 1996 avec 17,5 %. Pour les auteurs de ce rapport sceptiques sur le développement des SMR, les petits réacteurs nucléaires modulaires, la vraie révolution se situerait autour des nouvelles technologies de l’énergie qui « bouleversent les marchés et les systèmes ». Premier constat : le prix réel des modules solaires a chuté de 99,6 % entre 1976 et 2019. La conversion du rayonnement solaire en électricité pourrait passer de 20 % à 35 %, gain d’efficacité déjà obtenu en laboratoire. Les flux d’énergie gagnent en flexibilité.
Le coût des batteries tend lui aussi à décliner. De plus, le parc de véhicules électriques « présente un potentiel extraordinaire si la recharge bidirectionnelle devient la norme. Au niveau de consommation actuel, si l’ensemble du parc automobile allemand était électrifié, les batteries de voiture pourraient alimenter le pays pendant deux jours ».
Selon le rapport du World Nuclear Industry, les batteries « pourraient changer la donne face au manque croissant de flexibilité des réseaux électriques. La capacité totale est aujourd’hui de 365 GWh. » Ce qui n’est pas sans poser des questions sur la gestion des réseaux. « Beaucoup, notamment dans certains pays d’Afrique et d’Asie ne sont pas raccordés au réseau. »
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