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Toute l’Europe : [Cartes] 40 ans après Tchernobyl, combien de réacteurs nucléaires sont actifs dans l’Union européenne ?
https://www.touteleurope.eu/environnement/cartes-40-ans-apres-tchernobyl-combien-de-reacteurs-nucleaires-sont-actifs-dans-l-union-europeenne
par Manon Mazuir, Valentin Ledroit et Amélie Philotas • 24 avril 2026
Samedi 26 avril 1986, à 1h23 minutes et 45 secondes, le réacteur 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl (Union soviétique, aujourd’hui en Ukraine) explose. L’équivalent de 30 000 fois l’ensemble des rejets radioactifs émis par les installations nucléaires en exploitation dans le monde en 1986 est alors libéré. Cette catastrophe constitue à ce jour le plus grave accident nucléaire civil de l’histoire, dû à une conjonction de facteurs techniques et humains, dans une Union soviétique sur le déclin (voir les conséquences de la catastrophe ci-dessous).
Cet accident, puis celui de Fukushima (Japon) en 2011, ont attisé les craintes et ralenti le développement de l’énergie nucléaire dans l’Union européenne. 40 ans après Tchernobyl, tour d’horizon des réacteurs nucléaires actifs au sein de l’UE.

12 des 27 États membres de l’UE produisent aujourd’hui de l’énergie nucléaire : la Belgique, la Bulgarie, l’Espagne, la Finlande, la France, la Hongrie, les Pays-Bas, la République tchèque, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie et la Suède.
D’après les données du World Nuclear Industry Status Report et de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), 98 réacteurs nucléaires sont actifs dans l’Union européenne en avril 2026, dont 57 rien qu’en France. Le deuxième pays le mieux pourvu, l’Espagne, en compte seulement 7 (voir détails ci-dessous).
Deux autres réacteurs sont actuellement en construction (en Hongrie et en Slovaquie) tandis que 25 projets ont été abandonnés, dont 6 en Allemagne, pour des raisons différentes. La construction des deux réacteurs de la centrale de Stendal, situés en ex-Allemagne de l’Est, a été interrompue après la réunification allemande, tandis que l’inauguration du réacteur de Kalkar a été repoussée à cause de la catastrophe de Tchernobyl, avant d’être annulée. La centrale est devenue depuis… un parc d’attractions.
80 réacteurs ont également été arrêtés. Au total, 36 réacteurs ont été stoppés outre-Rhin depuis 1957 et la mise en service du premier. En 2023, l’Allemagne est officiellement sortie du nucléaire en fermant ses trois dernières centrales en activité. La France a également mis à l’arrêt 14 de ses réacteurs, dont les deux de la centrale de Fessenheim (Alsace) en 2020. Par ailleurs, en 1986 après la catastrophe de Tchernobyl, la Communauté économique européenne (ancêtre de l’UE) avait pris la décision de fermer les réacteurs de grande puissance à tubes de force (RBMK) et les autres réacteurs nucléaires de conception soviétique de première génération. En adhérant à l’UE, la Bulgarie, la Lituanie et la Slovaquie ont ainsi accepté de fermer plusieurs sites.
En 2024, les centrales nucléaires ont généré 23,3 % de l’ensemble de l’électricité produite dans l’Union européenne. La France est, de loin, la plus grande contributrice au sein de l’UE. L’Hexagone a enregistré plus de la moitié (58,6 %) de la production d’énergie nucléaire en 2024. Plus de 380 000 GWh ont été générés par les 57 réacteurs nucléaires français. L’Espagne arrive, loin derrière, en seconde position (8,4 %) avec plus de 54 500 GWh, soit sept fois moins que la France. Viennent ensuite la Suède (7,8 %, 50 665 GWh) et la Finlande (5 %, 32 599 GWh).

Entre 2004 et 2024, la production d’énergie nucléaire a diminué de 30 %. Après la catastrophe de Fukushima survenue en 2011, de nombreux pays ont mis en place des programmes de réduction, voire d’arrêt total, de leur production nucléaire. La Lituanie a par exemple définitivement fermé ses installations nucléaires en 2009. Tandis que l’Allemagne a arrêté ses dernières centrales au cours de l’année 2023. Mais la tendance est en train de s’inverser.

Une production d’énergie nucléaire en hausse, après des années de baisse
En 2024, selon les derniers chiffres d’Eurostat, le nucléaire représentait 11,6 % du mix énergétique européen (ensemble des sources d’énergies primaires exploitées pour les besoins de consommation d’un territoire donné), se plaçant en troisième position derrière les énergies fossiles (68,1 %) et renouvelables (20,3%).
Parmi les énergies produites par l’Union européenne, l’énergie nucléaire arrive en deuxième position (28 %) après les énergies renouvelables (48 %). La France, la Slovaquie et la Belgique sont les pays de l’Union les plus dépendants de l’énergie issue de la fission des atomes d’uranium (respectivement 71 %, 67 %, et 56 % de l’électricité totale produite dans chacun de ces pays).
Enfin, la production d’électricité d’origine nucléaire dans l’UE a augmenté de 4,8 % en 2024 par rapport à 2023. Il s’agit de la deuxième année consécutive de hausse.
Si la production nucléaire semble repartir à la hausse au sein de l’UE, c’est parce que ce type de production redevient un enjeu clé pour une Europe en quête d’indépendance énergétique et de neutralité carbone, dans un contexte de retour de la guerre sur le continent européen et de tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Exemple représentatif de ce regain d’intérêt : la Belgique, qui après 22 ans de politique antinucléaire, a abrogé, le 15 mai 2025 la loi de 2003 qui prévoyait à terme la sortie du nucléaire.
La politique énergétique de l’Union a pris un tournant significatif avec l’intégration du nucléaire au sein de la taxonomie européenne depuis le 1er janvier 2023. Ce cadre réglementaire classe désormais certaines activités nucléaires comme « durables », sous conditions strictes liées notamment à la gestion des déchets et au démantèlement des installations. Le Net-Zero Industry Act (NZIA), adopté en 2024, va même plus loin, reconnaissant officiellement le nucléaire comme technologie « stratégique » pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050.
Dans le cadre de son huitième Programme indicatif nucléaire (PINC), un document stratégique datant de juin 2025 évaluant les besoins d’investissement dans le secteur nucléaire d’ici 2050, la Commission européenne chiffre à plus de 240 milliards d’euros d’ici 2050, les efforts nécessaires dans le nucléaire. De plus, dans son nouveau cadre financier pluriannuel 2028-2034, toujours en discussion, l’exécutif européen prévoit une enveloppe de près de 10 milliards d’euros pour cette énergie.
Lors du sommet international sur la relance du nucléaire civil, organisé le 10 mars 2026 par la France avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), la présidente de la Commission européenne a même déclaré que l’éloignement de l’UE vis-à-vis du nucléaire, qualifié de « source fiable et abordable d’énergie à faibles émissions », était « une erreur stratégique de l’Europe ». Le même jour, l’exécutif européen présentait sa stratégie pour les petits réacteurs modulaires, visant à aider les États membres à déployer les premiers réacteurs électrogènes modulaires de génération avancée (ERMG) - petits réacteurs nucléaires - d’ici le début des années 2030.
Mais ce regain d’intérêt pour le nucléaire se heurte à des défis techniques, politiques et environnementaux. Réacteurs vieillissants, opinions publiques européennes réticentes face à ce type de production, question des déchets radioactifs… Autant d’inquiétudes contrebalançant les espoirs cristallisés par le nucléaire.
Quel bilan pour la catastrophe de Tchernobyl 40 ans après ?
Après l’explosion d’un réacteur de la centrale, un nuage radioactif s’est propagé sur le continent européen. En quelques semaines, celui-ci a recouvert une superficie évaluée à 3,9 millions de km2, soit environ 40 % de la superficie de l’Europe.
Au total, 116 000 personnes ont dû être évacuées de la zone autour de la centrale en 1986 et environ 230 000 autres ont connu le même sort les années suivantes. Les autorités soviétiques ont tout fait pour minimiser la catastrophe et ses conséquences, si bien qu’aujourd’hui celles-ci restent difficiles à évaluer et débattues.
L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) évaluaient en 2005 à environ 4 000 le nombre de morts dues aux cancers induits par les radiations, parmi les 600 000 personnes intervenues sur le site après la catastrophe et habitants des zones touchées. Une augmentation importante de la fréquence des cancers de la thyroïde a été observée dans les zones les plus contaminées de Biélorussie, d’Ukraine et de Russie. Mais il est impossible à ce jour de dresser un bilan sanitaire exhaustif.
Sur le plan environnemental, le panache radioactif a dispersé sur les sols divers éléments comme le césium-137 et le strontium-90, lesquels se sont d’abord déposés sur le couvert végétal avant de s’infiltrer dans le sol, grâce aux pluies. Des décennies après la catastrophe, le césium-137 et le strontium-90 continuent de migrer verticalement dans le sol à raison de 2 à 4 centimètres par an. Si le bilan environnemental demeure également incertain, il est avéré que les zones contaminées contiennent encore à ce jour des taux radioactifs très élevés.
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